dimanche 7 février 2010

CONSIGNE DE LA SEMAINE 10

Thème : L’imprévu
Genre : Science-fiction
Contrainte : Vous devez intégrer un mot inventé qui exprime une réalité ou un objet qui existera dans le futur.
Nous sommes en 2056, Soizic, 16 ans, vient de recevoir son permis de conduire. Elle invite des amis à faire un tour en ville. Mais ce qui s’annonçait comme une banale balade dans le quartier voisin tourne court à cause d’un imprévu.

Écrire, c’est inventer le monde
Le travail de l'écrivain consiste en grande partie à ramasser des éclats de réalité et à les assembler de manière à recomposer un monde nouveau. Mais même quand il ou elle intègre des éléments autobiographiques, puise dans des documents d’archives ou s'inspire de témoignages pour construire sa fiction, il y a toujours une partie de l'histoire qui vient de son imagination. Dans cet exercice, il s’agit d’en imaginer le plus possible: un nouveau lieu, de nouveaux objets du quotidien, un nouveau vocabulaire, des nouvelles normes sociales. Il n’y a bien que les émotions humaines pour perdurer à travers le temps. Et encore! Peut-être nous réservent-t-elles des surprises?

vendredi 29 janvier 2010

CONSIGNE DE LA SEMAINE 9

Thème : 8 à l’échelle de Richter
Genre : Reportage, c’est-à-dire, une description la plus objective possible.
Contrainte : Ne jamais utiliser deux fois le même adjectif.
Un tremblement de terre secoue Montréal. Décrivez en détails, et le plus froidement possible, la scène dont vous êtes témoin dans la demi-heure qui suit le séisme, autant en ce qui concerne les dégâts matériels que la réaction des gens.

Écrire, c’est décrire.
C’est bien joli de pouvoir inventer et visualiser une scène dans sa tête, encore faut-il être capable de trouver les mots pour la transmettre aux lecteurs. Avant de pouvoir décrire quelque chose, il faut être capable de le voir soi-même. Prenez le temps de fermer les yeux et d’imaginez la scène avant de vous mettre au clavier. Mettez vos cinq sens à profit. Qu’est-ce que vous voyez ? Qu’est-ce que vous entendez? Qu’est-ce que vous sentez? Qu’est-ce qui se passe dans votre corps? Pour vous aider dans votre description physique des lieux, vous pouvez choisir un endroit que vous connaissez bien comme modèle de base, quitte à y ajouter des détails inventés pour construire votre décor. Si vous préférez créer un lieu de toutes pièces, un plan sur papier de l’endroit où se déroule l’événement pourrait vous aider à assurer sa cohérence. N’ayez pas peur de mettre beaucoup de détails, il sera toujours temps d’en enlever si le portrait d’ensemble devient trop confus.

vendredi 22 janvier 2010

Texte de la semaine 7 : Tout m'avale

Novembre 2004

Tout m’avale. J’ai l’impression de me faire engloutir par la vie. Autour de moi, le monde semble s’effondrer, et en même temps, je me fais emporter par un torrent d’idées noires. Un par un, ils m’ont quitté. Tous ceux que j’aimais, que j’aime ou que j’aurais aimé m’ont laissé tomber. J’ignore pourquoi, et j’aimerais bien le savoir. Ou peut-être pas en fait… Cela me replongerait sûrement dans une mélancolie encore plus profonde. Tous m’ont abandonné, et j’ai depuis peu touché le fond. Je suis prisonnière de ma solitude. Que faire, où aller ? Demander de l’aide peut-être ? Non, je me ferais une fois de plus rejeter sur la plage par cette marée indifférente. Mais pourquoi ? Pourquoi quoi ? Pourquoi moi ! Je l’ignore. Je ne sais pas, je ne sais plus. Je ne sais plus, je ne pense plus. J’essaie de raisonner, mais sans succès. Tout ce à quoi je pense est dépourvu de sens. Quand le calme reviendra-t-il, quand le moment de quitter le creux de l’abîme viendra-t-il ? Je n’en sais rien, mais d’ici là, je n’ai qu’un seul but. Survivre, et surtout tenter, tenter de rester saine d’esprit en attendant le jour où je pourrai refaire surface. Le jour où je prendrai une bouffée d’air dans ma nouvelle vie. Le jour où tout recommencera, mais sans la tempête. Et ce jour là, j’aurai changé.


Janvier 2010

Je me fais littéralement avaler. Je me sens comme si la vie était en train de me bouffer toute ronde. Partout où je regarde, que ce soit en avant, en arrière ou encore sur les côtés, tout semble être en chute libre. Et c’est sans mentionner les pensées pas toujours très joyeuses qui me hantent… Une personne. Puis une autre. Et encore une. Ils sont partis, me laissant seule ! Tous ces gens que j’avais un jour adorés, ceux que j’aime en ce moment, et même ceux que je prévoyais un jour apprécier, ils m’ont laissée là, toute seule. La raison ? Je n’en ai aucune idée, vraiment. Mais je voudrais bien savoir la cause de tout cela… Après réflexion, peut-être pas en fait… Il me semble que je tomberais simplement plus bas. Depuis que je suis toute seule, on dirait que j’ai mis le pied au quatorzième sous-sol. Je me sens pensionnaire du pénitencier de l’oubli qui s’y trouve… Je fais quoi, je vais où ? Je ne peux quand même pas accepter quand on m’offre un coup de pouce ! Ces gens peu sincères retireraient probablement leur offre si j’en venais à dire oui ! Hypocrisie. Mais la vraie question demeure : pourquoi. Pourquoi quoi, me direz-vous ? Pourquoi moi, vous répondrai-je ! Ne me le demandez pas. Je ne sais pas, je ne sais plus. Plus même. Je ne sais plus, je ne pense plus. L’intégralité de mes pensées ferait une excellente compétition à Ionesco avec sa Cantatrice… Quand est-ce que ça reviendra comme avant ? Quand est-ce que je pourrai retourner à mon état normal ? Ça non plus, je n’en ai aucune idée. Mais je me suis fixé un objectif d’ici là. Survivre. Ah oui, et aussi essayer un minimum de garder toute ma tête pour ce moment. Ce moment où tout ira mieux, me permettant de repartir à zéro, à neuf. Et là, je serai différente.

mercredi 20 janvier 2010

CONSIGNE DE LA SEMAINE 8

Thème : L’aveu
Genre : Théâtre
Contrainte :Texte entièrement dialogué
Deux collègues (ou deux amis) sont coincés dans un ascenseur. L’un d’eux (ou d’elles) profite de ce moment d’intimité pour confier à l’autre un secret qu’il n’a jamais révélé à personne.

Écrire, c’est donner la parole
Robert Louis Stevenson, l’auteur de L’île au trésor et du Docteur Jekyll, ne pouvait concevoir un roman sans dialogues.
Il est clair qu’au-delà des nombreuses choses dont est capable la littérature, il en est au moins une qu’elle peut faire parfaitement. (…) Un peintre aurait rendu la scène plus pittoresque par quelques coups de pinceaux, un musicien, dans une petite pièce, aurait donné une expression plus poignante de l’embarras ou de l’exaltation de l’âme du héros. Mais faites-lui rencontrer un compagnon et laissez-le engager la conversation : il ne s’agit plus, dès cet instant, d’une représentation mais de la chose elle-même, il ne s’agit plus de décrire ce dont il parle mais de reproduire ce qu’il dit. De la l’exceptionnelle vivacité de tels passages dans une narration.
Essais sur l’art de la fiction, Payot, p. 201

Écrire des dialogues, ce n’est pas seulement aligner quelques phrases parlées pour alléger la narration, c’est un outil fondamental dans la construction des personnages.
Chaque personne, qu’elle soit réelle ou fictive, a sa manière bien à elle de s’exprimer. Le vocabulaire, le débit, la construction des phrases, le niveau de langue ne seront pas les mêmes pour un jeune punk, une vieille mamma italienne ou un professeur de latin. De plus, leurs champs d’intérêt et leurs valeurs étant différents, ils auront aussi différentes façons d’aborder un même sujet.
L’écrivain doit arriver à entendre la voix de chacun des personnages pour mieux la transmettre à ses lecteurs. C’est cette voix que le lecteur veut entendre, pas celle de l’auteur en train d’expliquer la situation par le biais de dialogues. Pour mieux cerner les traits de leurs personnages, de nombreux auteurs de théâtre imaginent la scène qu’ils écrivent interprétée par les comédiens qu’ils aimeraient voir jouer leur pièce.

lundi 11 janvier 2010

CONSIGNE DE LA SEMAINE 7

Thème : La réécriture
Genre : Torture et paraphrase.
Contrainte : Prenez un texte que vous avez déjà écrit et faites-lui subir une métamorphose extrême. Décapez ses adjectifs pour en changer la couleur, modifier ses adverbes, renouveler les verbes, reconstruisez vos phrases. Paraphrasez-vous comme si vous vouliez vous plagiez vous-mêmes.
(Variante : Si vous ne trouvez pas de texte dans vos tiroirs à faire souffrir, vous pouvez prendre un extrait d’un roman que vous avez aimé.)

Écrire, c’est réécrire
Tout écrivain vous le dira, à moins d’un miracle, d’une inspiration divine ou d’un éclair de génie, on n’écrit jamais rien du premier coup. On fait d’abord un premier jet. On le relit. Puis, on le réécrit. Ensuite, on le rerelit pour mieux le ré-réécrire. Et on recommence. Une fois, deux fois, trois fois. Parfois, c’est seulement pour apporter des petits changements cosmétiques. Un adjectif qui précise l’image qu’on veut suggérer par ici, un passage à élaguer parce qu’il crée une longueur inutile par là. Il arrive que la phrase qu’on trouvait si profonde et sentie un jour nous apparaisse clichée et ridiculement gnangnan le lendemain. D’autres fois, c’est un élément de l’histoire elle-même qui ne tient pas la route. Tiens, la mère dont on avait annoncé la mort au premier chapitre, fait soudain une apparition au dixième…Oups! Il faut alors prendre une grave décision. Doit-on tuer cette pauvre femme ou la ressusciter?…
Alors, on nettoie. On coupe, on rallonge, on rature et on corrige. Le travail de réécriture est une partie intégrante du travail d’écrivain.
Ça fait parfois mal, c’est normal, mais la plupart du temps, c’est bénéfique.
Comme disait nos grands-mères, il faut souffrir pour être belle.

vendredi 8 janvier 2010

Texte de la semaine 6 : C'est pas moi, c'est lui !

Bureau du directeur, vendredi après-midi, seize heure.

Confortablement assis dans sa chaise avec devant lui un enseignant et deux élèves, un directeur exaspéré tente de comprendre ce qui a bien pu se passer dans le cours de mathématique du local B-233 en ce morose après-midi d’avril.

- Marco, ce n’est pas la première fois qu’on se retrouve tous les deux en compagnie de M. Ducharme… Il semblerait que vous avez de la difficulté à vous entendre ?

Marco avait toujours été un élève un peu difficile. Dès son entrée à la polyvalente Germaine-Guèvremont, il avait été ciblé par le corps enseignant. Il se chamaillait régulièrement avec les autres garçons et avait toujours été plus ou moins poli avec le personnel de l’école.

Mais aujourd’hui, Marco semblait avoir franchi les limites, donnant un coup de poing à l’un d’eux.

- Bon, Marco, il n’y a pas deux-mille solutions : ou bien tu m’expliques ce qui s’est passé, ou alors on passe la fin de semaine ici.
Devançant Marco, l’enseignant commença à raconter sa version des faits.

« Le cours était presque terminé. Je venais à peine de leur remettre la copie corrigée de leur contrôle d’étape lorsque Marco a commencé à s’agiter. Il a posé tout plein de questions plus ou moins pertinentes.

« Il voulait savoir quand est-ce que je mettrais les notes sur le serveur de l’école pour qu’il puisse consulter sa moyenne pondérée, pourquoi il avait perdu des points à la question à développement, quel était le délai pour remettre sa copie signée par ses parents…

« J’ai répondu à sa première question puis me suis approchée de Fanyeve, dit-il en pointant la jeune fille assis à côté de lui. Vous savez, elle n’est pas au pays depuis longtemps, son français est encore faible… Je ne voudrais pas qu’elle se sente rejetée ! J’ai parlé avec Fanyeve et lorsque je me suis retourné pour aller répondre à Marco, celui-ci a surgi à côté de moi.

« Je peux vous dire que j’ai eu la frousse ! Il a commencé à me menacer, à jurer. Il m’a accusé, de favoritisme. Imaginez ma surprise ! Moi, Jules Ducharme, récipiendaire du prix d’enseignant de l’année, en train de m’occuper d’un élève plus que d’un autre !

« Et sans crier gare, Marco m’a balancé un coup de poing au visage, qui m’a atteint en plein sur le pif, conclut-il en pointant son nez sous lequel on apercevait encore quelques croutes de sang séché. »
Marco, qui était parvenu jusque-là à garder son calme, se leva d’un bond, furieux. On aurait cru que M. Ducharme venait de l’insulter.

« Meuh, c’est « full » pas vrai ! C’pas ça qui est arrivé ! J’ai rien fait, c’est toute de sa faute. Moi tout ce que je voulais c’était des réponses. C’était trop pas « fair » sa façon de corriger. Y m’a ôté plein de points pour rien.

« C’tait la fin du cours, pis y’avait attendu la dernière minute pour nous donner nos examens. Quand y m’a donné ma copie, était toute beurrée en rouge ! Pis en plus y’avait des taches dessus, pis ça sentait la bière à plein nez. Chu sûr qui boit en corrigeant nos copies là, c’pour ça que ça correction à vaut rien !

« Fecque j’y ai demandé pourquoi y m’avait donné zéro au dernier numéro, tsé en début d’année y nous avait juré que jamais y nous mettrais zéro si on avait écrit au moins quequ’chose ! Pis en plus, j’avais la bonne réponse. Tsé me semble que si j’ai la bonne réponse c’est que j’ai des points là ! Moé j’voulais voir un corrigé bon.

« Mais là à place de répondre à ma question, y m’a regardé pis y m’a dit qu’y’en avait pas de corrigé, qu’c’était dans sa tête. J’suis sûr qu’y’a pas le droit de faire ça. Pis y’est allé voir Fanyeve. Y y donne « full » d’attention à elle pass’que c’est la seule matière où qu’a comprends. Tsé a comprends « fuckall » en français vu qu’c’t’une « british », « so » a l’a toujours des zéro… Mais c’t’une méchante bollée en maths. En tout cas.

« Me suis levé pis chu allé le voir. J’ai même pas eu le temps d’ouvrir la bouche qu’y m’a poussé contre un bureau ! Fecque j’ai eu peur qu’y me « fesse » dessus « so » j’ai essayé de me protéger. C’trop pas de ma faute si mon coude a frappé son nez. »

C’est à ce moment que le directeur remarqua que la petite Fanyeve ne bougeait pas d’un poil. Elle avait écouté les deux versions des faits. Comme celles-ci ne concordaient pas du tout, il se dit qu’un témoin de l’incident pourrait peut-être élucider le mystère.

- Et toi, Fanyeve, tu peux m’expliquer ce qui s’est passé ? « What happened ? »
La jeune fille regarda son enseignant, puis Marco, poussa un soupir puis se lança dans sa propre version des faits.

« Le cours était « presque over. » Le « teacher » avait redonné tous les « papers » et on allait bientôt partir. Marco a commencé « to ask a lot of questions » et M. Ducharme avait répondu à un de ses « questions ». « I had a bunch of questions myself » parce que j’avais pas eu toutes les points dans les questions à « long answer. » Les équations, je peux comprendre « because maths is international but » quand il y a des mots dans le question… « Marco came to my desk because » et en avançant il a pris son pied dans mon « backpack » et il est tombé sur M. Ducharme « who fell and banged his face » sur mon chaise.

« Il aurait dû répondre « when Marco asked his questions, » sauf que Marco aurait dû reste à son bureau au lieu d’être impatient. C’est le faute aux deux.

« So, can I go home now ? » Mon mère va vouloir savoir « why I’m not there yet. »

mercredi 16 décembre 2009

CONSIGNE DE LA SEMAINE 6

Thème : C’en est trop!
Racontez une brève anecdote qui a mis quelqu’un en colère.
Genre : Plusieurs, au choix.
Contrainte : Écrivez trois versions de votre anecdote en utilisant un style, un ton, un genre, un point de vue différent à chaque fois.
Suggestions de lecture :
Exercices de style, de Raymond, Queneau, Gallimard.
Ding! Dong! De Robert Soulières, Soulières éditeur.

Écrire, c’est adopter un point de vue
Il y a mille façons de raconter une histoire. Chaque personne qui entreprend de relater une anecdote le fait à sa façon, avec ses mots, sa langue et son point de vue sur la scène. On oublie trop souvent que ce point de vue est un choix délibéré de la part de l’écrivain. D’abord, en ce qui concerne le choix du narrateur : l’histoire d’une exécution ne sera pas racontée de la même façon si c’est la victime, le bourreau ou un simple témoin qui la raconte. Il peut même arriver que le narrateur soit de deuxième main, c’est-à-dire qu’il ne fasse que transmettre une histoire que quelqu’un d’autre lui a racontée.
C’est vrai aussi du ton employé pour raconter. Une situation de départ n’est qu’un tas d’argile auquel on peut donner la forme qu’on veut. Dépendamment du point du vue employé, une situation banale, par exemple quelqu’un qui trébuche sur le trottoir, peut devenir un événement comique, dramatique ou même tragique. Sur le plan du genre littéraire, on peut choisir d’en faire un poème en vers rimé, un récit télégraphique, un sketch télévisé, une parodie de roman du XVIIe siècle, un compte-rendu détaillé à l’extrême ou une brève histoire hilarante. Ouvrez vos horizons. Sortez de vos habitudes. Essayez autre chose. La fiction est un monde vaste dont les possibilités sont infinies, partez à la découverte des faces cachées de votre histoire.